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V. P. Vasuhan

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Art contemporain ceylanais

L’exposition des œuvres de V. P. Vasuhan a eu lieu du 1er au 27 septembre 2019 à la Galerie Impressions les mercredis de 18 à 21h et les samedis de 14 à 19h.

Compte-rendu par Alain Cardenas-Castro et Christophe Comentale

Le mois de septembre est propice aux retours des événements culturels et des expositions. La galerie Impressions inaugure cette rentrée avec un accrochage singulier intitulé « Visages de la baie du Bengale ». L’exposition propose le regard de deux peintres sur l’état du monde à travers leurs cultures respectives, l’un du Bengladesh et l’autre du Sri-Lanka, V. P. Vasuhan, qui fait l’objet de cette livraison.

De la biographie à l’histoire


Le travail de ce peintre originaire du nord du Sri-Lanka ­— de la région de Jaffna comportant une population tamoule — est présenté dans la galerie Impressions de façon, non pas chronologique, mais ce sont trois parties qui composent un cheminement particulier.

La grande salle du rez-de-chaussée est investie de plusieurs œuvres récentes de grands formats représentant des visages humains. La blancheur de ces peintures sur toiles, apaisantes, si on les appréhende d’un premier regard, appelle la réponse à un questionnement sur la monochromie ambiante de cette série. On distingue en se rapprochant des œuvres quelques pointes de couleurs qui affleurent de la couche épaisse d’enduit. Ces particules polychromes proviennent de petits éléments que Vasuhan a gardés au fond de lui. Ce sont des éléments considérés comme fondamentaux pour le peintre puisqu’ils ont participé à ses expositions, ses déplacements ou ses voyages à travers le monde pour rendre visite à sa famille et à ses amis de la diaspora tamoule qui s’est éparpillée depuis, comme le rappelle l’artiste, « le long cheminement des Tamouls dès le XVIIIe siècle, et ce, jusqu’à l’après-guerre civile » — entre 1958 et 2009, période de guerre civile qui a opposé les Tamouls et le gouvernement cingalais au Sri Lanka. Ce fort bouleversement a eu pour conséquence la mort d’environ cent mille personnes.


Pour revenir à l’œuvre peint et dessiné de Vasuhan, les éléments qui composent certaines d’entre elles sont des morceaux de plastique ou de papier d’emballage de colis — principalement des épices envoyées par ses parents du Sri Lanka — et de différents empaquetages éphémères, envoyés ou reçus au fil des ans. Il est a rappeler que Vasuhan a vécu aussi à Colombo et à Nicosie. Dans cette même logique esthétique et conjoncturelle, des parties de documents postaux qui nous paraissent insignifiants mais, en fait, déterminantes, chargent les peintures d’une patine réellement historique. Toutes ces paillettes ancrées dans la composition de ces visages en forme de masques tracés sur cet enduit blanc et épais scintillent comme devenus témoignage d’une renaissance après les désastres de la guerre et des exils forcés.


Au sous-sol de la galerie, d’autres masques très éclatants sont répartis sur les murs, formant ainsi une galerie de portraits lumineux de par l’utilisation de couleurs vives. Des portraits qui sont parfois des compositions simples et proches de la nature, tout comme d’autres qui mêlent tradition et modernité, laissant alors apparaître les traces de ses voyages et de ses déplacements, ses passages et les communications multiples accomplies et traduites plastiquement en symboles « # » et « @ » et logos de réseaux sociaux dessinés ou gravés sur la matière picturale.


Dans la petite salle adjacente du sous-sol Vahusan a installé des contenants en terre cuite qu’il a récupérés pendant la 24e fête parisienne consacrée au dieu Ganesh. Cet événement unique pour la communauté notamment du Sri-Lanka, est une procession lors de laquelle des joueurs de différents instruments comme les nathaswaram, thavil et parai, accompagnent en musique un cortège de danseurs et de danseuses portant sur leurs épaules un grand arceau de plumes de paon, le kavadi. Ils sont accompagnés par la présence étincelante des femmes qui portent sur leur tête des pots de terre cuite, réceptacles festifs de camphre éliminés à l’issue de ces moments intenses. C’est précisément ces pots en terre que Vasuhan a récupérés et qui embaument ce sanctuaire improvisé en hommage à ses origines et à son histoire. Lors de cette cérémonie qui a lieu depuis bientôt trois décennies dans le quartier de La Chapelle, à Paris, des noix de coco sont brisées au sol en signe de l’offrande de son cœur à Ganesh par chaque participant. Ainsi s’impose une symbolique de l’illusion du monde répartie entre la chair, le Karma individuel et l’eau pour l’ego humain. Alors, l’eau des noix de coco brisées se répand dans les rues de Paris. Vasuhan, le talentueux recycleur de matériaux a saisi de nouveau l’occasion de s’inspirer des traditions. Il recycle les noix qu’il a brisé pour réaliser la préparation du puttu — une préparation traditionnelle du petit-déjeuner tamoul — pour élaborer une petite composition murale sur le thème des « Singes de la sagesse » », un thème d’origine asiatique constitué de trois singes qui se couvrent différentes parties du visage avec les mains : les yeux, la bouche et les oreilles pour former une sentence : « Ne pas voir le Mal, ne pas entendre le Mal, ne pas dire le Mal». une maxime propitiatoire et bénéfique. Un thème originaire de Chine que l’on retrouve en Inde et au Japon et dont la plus ancienne trace connue se retrouve dans les « Entretiens de Confucius ». Ce thème est originaire de Chine. La plus ancienne trace connue est dans les Entretiens de Confucius, écrits entre 479 av. J.-C. et 221. Il y est écrit : 非禮勿視,非禮勿聽,非禮勿言,非禮勿動, ce qui pourrait traduire par : « De ce qui est contraire (非) à la bienséance (禮), ne pas regarder (視), ne pas écouter (聽), ne pas dire (言), ne pas faire (動) ».

Afin d’encourager les amateurs de cultures et de civilisations peu connues en Occident, les bois flottés de Vasuhan, visage et écritures parfois alternatifs, sont parmi les œuvres qui donneront envie au public parisien de voir un jour, une année qui ne seront pas comme les autres, une rétrospective signifiante dans la capitale.


 En outre, le plasticien  a aussi exécuté une performance le samedi 5 octobre 2019.

Dans l’espace voûté, l’artiste face à une toile trace au fusain les douze voyelles de l’alphabet tamoul : அ ஆ இ ஈ உ ஊ  எ ஏ ஐ ஒ ஓ ஔ ஃ pour aller vers la représentation d’un visage intériorisé. Les couleurs à l’acrylique sont choisies afin de pouvoir devenir fluorescentes en atmosphère sombre. Ce qui a correspondu avec la nuit blanche.

Sciences & art contemporain
Compte-rendu par Alain Cardenas-Castro et Christophe Comentale
Publié le 2019-10-24